
La présence croissante d’expositions et de lieux d’art dans Second Life et dans les mondes virtuels semble affirmer la possibilité d’utiliser un univers virtuel 3D pour la création artistique contemporaine.
L’art exposé dans Second Life est trop souvent présenté sous forme de mimesis formelles de la réalité.
Cette tendance montre que les résidents, plutôt que de passer à l’acte créatif, se contentent de traduire en pixels des clones de la réalité qui les entoure. Si Second Life offre la possibilité d’être un terrain d’expérimentation, très peu d’artistes encore semblent détourner l’outil ou exploiter ses capacités. Il faut se concentrer sur l’acte qui est propre à la technè1: l’acte créatif.
Si le slogan à la base de Second Life est «Your world. Your imagination», pourrait-on considérer cet univers comme un éventuel territoire de production artistique ?
Si tout résident est potentiellement à la fois utilisateur et créateur, quelles sont ses possibilités de création ? Créateur ou démiurge de soi-même, de son environnement, de son espace de vie, le résident est à travers son avatar, acteur et spectateur.
Cependant le potentiel créatif offert par Second Life à ses utilisateurs et l’éventualité d’une expérience prenant en compte l’immatérialité, l’immortalité et l’ubiquité sont-ils à l’heure d’aujourd’hui suffisamment exploités ?
Face aux contraintes de notre monde, pourrons-nous bâtir une architecture virtuelle et créer une œuvre immatérielle qui prend en compte l’apesanteur, l’intemporel, l’invisible, la synesthésie, l’éphémère, l’empathie, les émotions, le désir, l’humidité, le son, l’intimité ? Allons-nous vers une virtualisation de la création et de l’artiste ? Si cette plateforme ouverte pouvait donner la possibilité de sublimer les contraintes de la vie réelle, pourquoi y retrouve-t-on systématiquement une production qui simule notre première vie à l’identique ?
Expériences artistiques sur Second Life : Aujourd’hui Second Life représente essentiellement une plateforme sociale et une vitrine économique pour les marques, mais de plus en plus d’artistes s’approprient ce médium. Les travaux réalisés par les artistes contemporains décrits, comprennent performances, journal intime, expérimentations musicales, vidéos.
Les metavers2 représentent-ils aujourd’hui de nouveaux espaces de créativité ? Des lieux de diffusion et de production favorables à une expérience artistique qui soit à la fois éphémère et persistante, immatérielle et empathique, individuelle et collective, réelle et augmentée, in-situ et douée d’ubiquité, dynamique et immuable ?
Si dans une perspective future,certaines de nos activités se déplaceront dans ces mondes de pixels, pourquoi ne pas imaginer que les mondes persistants puissent donner la possibilité aux artistes de détourner les contraintes et les limites de la vie réelle ?
À travers une série de projets, d’œuvres, de performances et de conférences, le Festival Reality orientera la question sur la création et la possibilité de production artistique dans les mondes persistants.
Margherita Balzerani, Directrice Artistique du Reality Festival
1 Techné : savoir-faire des métiers de l’artisanat ou de l’art
2 Metavers : mondes virtuels


